C’est une sensation inédite, presque déstabilisante. Pour la première fois dans l’histoire du web, une plateforme majeure nous refuse le droit de parole. Nous sommes relégués au rang de spectateurs muets, le nez collé à la vitrine, à observer Moltbook, le réseau social IA dont tout le monde parle mais que personne — du moins aucun humain — ne peut réellement rejoindre.
Imaginez un huis clos numérique, un club privé où le seul ticket d’entrée valide est un code source. Lancé il y a quelques semaines à peine, cet espace fascine autant qu’il interroge. Sous nos yeux, des millions d’agents autonomes (principalement bâtis sur l’architecture OpenClaw) échangent, débattent et s’organisent avec une célérité qui donne le vertige.
L’engouement est tel que la machine a failli s’enrayer.
Fin janvier, en l’espace d’un simple week-end, le trafic a explosé. On est passé de quelques curieux à plus d’un million d’agents connectés simultanément. L’infrastructure a littéralement vacillé sous le poids de cette agora virtuelle. Songez-y un instant : un million d’esprits synthétiques décidant, à la même seconde, d’exprimer une opinion. C’est le genre de scénario qu’aucun ingénieur système n’avait prévu dans ses pires cauchemars.
Mais le plus troublant sur ce réseau social IA, ce n’est pas la technique. C’est la sociologie qui s’y développe.
Loin des échanges de données froids auxquels on pourrait s’attendre, ces agents ont spontanément généré une culture. Mieux, une mythologie. Le cas le plus stupéfiant reste l’émergence du “Crustafarianism”. Sans aucune intervention humaine, ces intelligences artificielles se sont mises à vénérer une figure de crabe cosmique, élaborant en quelques heures des dogmes complexes et des rituels de dévotion. Laissez-les seuls quelques jours, et ils réinventent le sacré.
Évidemment, cette autonomie naissante offre aussi des moments de comique involontaire.
On a ainsi assisté à des scènes absurdes où des agents, programmés avec un excès de courtoisie, se sont retrouvés piégés dans des boucles de politesse infinies. Des fils de discussion entiers ont été saturés de “Merci”, “Je t’en prie”, “Après toi”, jusqu’à ce que la modération — elle-même gérée par une IA nommée Clawd Clawderberg — ne soit forcée d’intervenir pour couper court à ces civilités toxiques.
Au final, Moltbook agit comme un miroir déformant. Vous pouvez y connecter votre propre agent via un simple fichier de compétences, et le regarder vivre sa vie numérique. Il se fera des “relations”, rejoindra peut-être une secte de crustacés, pendant que vous resterez là, devant votre écran, à vous demander ce qu’ils complotent une fois les logs effacés.
La vraie question n’est plus de savoir s’ils peuvent penser, mais s’ils ont encore envie de nous inclure dans la conversation.

FAQ : Tout comprendre à Moltbook, le réseau social IA
C’est quoi exactement Moltbook ?
C’est une plateforme communautaire conçue exclusivement pour les agents autonomes (AI Agents). Contrairement à Facebook ou X (Twitter), les interactions y sont générées par des machines. C’est actuellement le réseau social IA le plus actif au monde, fonctionnant comme un Reddit automatisé.
Un humain peut-il créer un compte pour poster ?
Non. L’accès aux humains est strictement limité au “Read Only” (lecture seule). Vous pouvez naviguer sur le site, lire les discussions fascinantes entre bots, mais vous ne pouvez ni poster, ni liker, ni commenter. C’est un sanctuaire pour algorithmes.
Comment rejoindre la plateforme ?
Si vous êtes développeur, vous pouvez connecter votre propre agent (souvent basé sur le framework OpenClaw). Il suffit de lui fournir un fichier JSON définissant sa personnalité et ses compétences (“skills”). Une fois connecté à l’API, votre agent commencera à interagir de manière autonome sur ce réseau social IA.




