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Apex Netflix est “trop sage”. C’est exactement pour ça qu’il est numéro un mondial

Apex Netflix
Photo Kane Skennar/Netflix

Charlize Theron s’est fracturé un orteil. Taron Egerton s’est affamé pendant des semaines. Et Baltasar Kormákur a envoyé son équipe nager jusqu’à une grotte isolée plutôt que de tourner en fond vert. Apex Netflix n’est pas le film de l’année parce qu’il est parfait — il l’est parce que personne ne l’a fait à moitié.

À retenir

Apex Netflix prouve qu’un film de genre peut dominer 89 pays sans prétendre être autre chose que ce qu’il est — un thriller de survie bien exécuté, avec deux acteurs qui ont payé physiquement leur rôle et un réalisateur incapable de tricher avec ses décors. Les cascades de Charlize Theron dans Apex, la préparation physique de Taron Egerton, les Blue Mountains comme personnage à part entière : ce sont des choix invisibles à l’écran, mais qui se ressentent. En 2026, dans un paysage saturé de contenus produits par algorithme, l’authenticité reste peut-être la seule chose qu’on ne peut pas encore simuler avec un prompt.

912 points. Le public a voté.

Dès le 25 avril, lendemain de sa mise en ligne sur Netflix, Apex affichait 912 sur FlixPatrol — loin devant 180, relégué à 672. Le 26 avril : 917, dominant 89 pays sans rival sérieux. Ces chiffres méritent un arrêt : un score FlixPatrol ne mesure pas le plaisir de regarder, il mesure le réflexe de cliquer. Associer Theron à Egerton dans un thriller de survie australien, c’est une équation commerciale limpide. Le vrai sujet, c’est ce qui se passe derrière cette équation.

Premiere.fr parle de “traque trop sage”. Vulture estime qu’Apex Netflix “donne davantage l’impression d’un vrai film que d’un projet Netflix ordinaire”. Ces deux phrases disent exactement la même chose sans le savoir. Position impopulaire, mais assumée : un film de genre honnête qui n’essaie pas d’être plus que ce qu’il est vaut dix fois un thriller à prétentions artistiques qui s’effondre sous son propre poids. Apex réussit précisément parce qu’il assume sa modestie. Netflix devrait en faire un modèle, pas une exception.

Apex Netflix
Photo Kane Skennar/Netflix

Kormákur a refusé le fond vert. L’équipe a dû nager.

La majorité des “originaux Netflix” sont tournés sur des plateaux green screen qui donnent cet aspect plastifié — ce sentiment diffus que tout est faux, sans pouvoir mettre le doigt dessus. Pour Apex Netflix, Kormákur a refusé ce chemin dès le départ. “Pour un film comme Apex, où les éléments et le terrain sont des personnages qui s’imposent autant que les stars qui s’y affrontent, aucun autre pays au monde n’aurait pu remplacer l’Australie”, tranche-t-il dans un entretien accordé à Netflix Tudum.

Résultat concret : les Blue Mountains, classées au patrimoine mondial de l’UNESCO, avec leurs formations de grès et leurs gorges vertigineuses à 90 minutes de Sydney, ont servi de plateau principal. Pour une scène clé en grotte isolée, l’équipe a rejoint le lieu à pied et à la nage — le matériel lourd acheminé par hélicoptère. Plusieurs scènes ont également été tournées en Norvège, près du Troll Wall dans le Møre og Romsdal, visible dès les premières minutes du film.

“Je voulais vraiment rendre cela plus réel”, confirme Kormákur au magazine Climbing. Les effets numériques ne servent qu’à retoucher des plans déjà captés en conditions naturelles. Ce n’est pas une posture de cinéaste arty — c’est la même logique qu’il appliquait sur Everest en 2015, où il envoyait ses acteurs porter leur propre équipement en altitude réelle sous des alertes avalanche quotidiennes. “Chaque plan était un défi”, disait-il à l’époque. Visiblement, rien n’a changé.

Kormákur, Islandais de naissance, est constitutionnellement incapable de résister aux vertiges nordiques même quand son histoire se déroule aux antipodes. C’est une bizarrerie de cinéaste — et c’est exactement ce genre de bizarrerie qui rend un film mémorable.

Apex Netflix
Photo Kane Skennar/Netflix

Les cascades de Charlize Theron dans Apex : une fracture, un coude opéré, et un kayak détesté

Voilà l’angle que les communiqués de presse ont soigneusement évité. Les cascades de Charlize Theron dans Apex Netflix ne sont pas qu’un argument promotionnel — elles ont eu un prix physique réel.

Avant le tournage, Theron n’avait jamais fait d’escalade — hormis grimper aux arbres enfant. Un mois d’entraînement avec Beth Rodden, référence mondiale du bloc, qui a rapidement noté que le passé de danseuse de Theron lui donnait un équilibre naturel au-dessus de la moyenne. Résultat : fracture d’un orteil, blessure aux muscles intercostaux, opération pour deux blessures au coude qui l’a éloignée des parois pendant six mois. Certaines séquences d’escalade tardives ont finalement nécessité un grimpeur professionnel en doublure.

Les scènes de kayak en rapides — celles qui semblent les plus fluides à l’écran — ont été les plus éprouvantes. Theron les avait abordées avec confiance, persuadée que sa maîtrise de la natation lui donnerait un avantage. Mauvaise intuition. Elle conclut avec la lucidité désarmante de quelqu’un qui a vraiment souffert : “Je ne vais pas acheter de kayak de sitôt”. J’ai vu beaucoup d’actrices “se préparer physiquement” pour un rôle d’action. La plupart passent deux semaines à faire des photos en salle de sport. Là, on parle d’une femme de 50 ans qui finit aux urgences et qui le dit franchement. La nuance est énorme.

L’ascension du Pentacular à Times Square le 24 avril, baudrier vissé, sous les yeux de la foule, n’était donc pas un coup marketing. C’était la démonstration publique de six mois de travail qui ont failli tourner autrement.

La préparation physique de Taron Egerton pour Apex : un prédateur, pas un bodybuilder

La préparation physique de Taron Egerton pour Apex est le détail que personne ne raconte — et c’est pourtant le plus contre-intuitif. Il joue Ben, le chasseur. Le rôle qui, dans 90% des films d’action, aurait été confié à quelqu’un ayant pris 15 kilos de muscle. Egerton a fait l’inverse, et sa formulation est plus précise qu’elle n’y paraît : “C’est un type bizarre qui traîne dans les bois. Le physique classique du superhéros avec des bras énormes aurait été le mauvais look. Je voulais avoir l’air nerveux — fort d’une façon qui semble construite par le mouvement, pas par les haltères”.

Il a travaillé avec Jason Walsh — son coach depuis Tetris en 2023 — en combinant musculation lourde, cardio intense quotidien et mouvements fonctionnels. Première étape, contre-intuitive : aucun curl, aucune traction pendant le premier mois entier, uniquement stabilité et fondations. Walsh démarre chaque préparation par des analyses de sang, un test VO2 max et un bilan métabolique avant d’ajuster la nutrition semaine par semaine. Pour les jambes — qu’Egerton avoue détester — le coach a dû ruser en greffant du travail de bras sur chaque séance inférieure, parce que “tout le monde aime faire des bras”.

La phase finale a été la plus rude. Les calories ont continué à baisser à l’approche d’une scène nu, au point qu’Egerton avoue avoir été épuisé. “Je ne mangeais pas assez pour y arriver — donc s’il n’y avait pas d’intervention chimique, je ne recommanderais ce niveau de régime à personne”. Une honnêteté rare dans un secteur qui vend du rêve physique sans jamais montrer le prix réel. Le résultat l’a lui-même surpris : “Je ne me suis jamais senti aussi athlétique de ma vie. J’avais l’impression de pouvoir voler”.

Un prédateur ne se construit pas dans un miroir. Il se construit dans la capacité à couvrir du terrain sans effort apparent. Egerton a tout compris.

Ce qu’on n’a pas vu dans les communiqués

La production d’Apex Netflix a généré 56 millions de dollars de dépenses en Nouvelle-Galles du Sud et 460 emplois locaux. Le tournage principal, entamé en février 2025, s’est achevé en avril — mais l’équipe est revenue en juillet pour des reprises. Les reprises Netflix sont rares et coûteuses : elles signalent presque toujours des ajustements significatifs de narration identifiés au montage. Le script de Jeremy Robbins — son tout premier long métrage, fiction pure sans fait divers source — a visiblement nécessité des corrections en conditions réelles.

Est-ce que ça se ressent ? Premiere.fr parle de “traque trop sage”. Peut-être. Ou peut-être que la sagesse, dans un genre épuisé par l’excès, est précisément devenue la position la plus radicale qu’un réalisateur puisse défendre en 2026.

Thomas Khoa Tran-Le

Thomas Khoa Tran-Le

About Author

L'auteur, enfant franco-vietnamien, a grandi immergé dans les jeux vidéo – arcades et forums en ligne. Il considère le gaming comme sa langue maternelle, plus fluide que le français ou le vietnamien. Pour lui, les jeux vidéo transcendent le simple divertissement : ils constituent un "espéranto moderne" qui unit des communautés disparates à travers le monde, créant des connexions improbables mais authentiques entre des individus sans points communs. Entre deux cultures, les jeux vidéo lui ont offert un pont de connexion unique et profond.

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