Un GPU chinois gaming conçu de zéro, gravé en 6 nm, compatible DirectX 12, capable de faire tourner les plus grands titres Steam. Le 12 mars 2026, Lisuan Technology a officiellement levé le voile sur sa série G100 au salon AWE de Shanghai. Ce n’est plus une promesse de laboratoire : le lancement commercial est fixé au 18 juin, avec des précommandes ouvertes dès le 17 mars. La Chine entre dans la cour.
À retenir
- La Lisuan LX 7G106 est le premier GPU chinois gaming réellement commercialisé : 6 nm (procédé N6 TSMC), 12 Go de GDDR6, 192 bits, TDP de 225 W.
- Son architecture TrueGPU “Tiantu” est entièrement développée en interne — jeu d’instructions, cœurs de calcul, stack logiciel — une première absolue pour un fabricant de puces national.
- Les benchmarks maison placent la carte près d’une RTX 4060, mais des analyses indépendantes évoquent des performances plus proches de GPU d’ancienne génération.
- Lancement le 18 juin 2026 sur JD.com ; objectif de production d’un million d’unités par an.
- La gamme pro (LX Ultra, LX Pro, LX Max) supporte des modèles IA comme DeepSeek 14B et Qwen3 32B.
Pourquoi ce GPU chinois gaming change la donne
La course au GPU chinois gaming dure depuis des années. Moore Threads, Cambricon, Innosilicon — beaucoup ont annoncé, peu ont livré quelque chose de crédible pour le grand public. Ce qui distingue Lisuan de tous ses prédécesseurs, c’est l’architecture TrueGPU “Tiantu” : conçue depuis le jeu d’instructions jusqu’au compilateur, sans bloc IP tiers sous licence. TrendForce, cabinet d’analyse spécialisé dans les semi-conducteurs, souligne explicitement que c’est une première pour un fabricant chinois établi.
Petite anecdote qui dit tout : lors de la présentation au salon AWE 2026, le PDG de Lisuan a branché la carte en direct sur scène pour lancer Black Myth: Wukong devant l’assistance. Un jeu chinois sur un GPU chinois — le symbole était trop beau pour être improvisé. La carte prend également en charge Windows on ARM, une fonctionnalité que ni Nvidia ni AMD ne proposent encore largement dans leurs drivers grand public.
Un GPU chinois gaming capable de démarrer Windows, lancer Steam et afficher Cyberpunk 2077 : c’était encore de la science-fiction il y a trois ans.

Lisuan LX 7G106 : les specs qui comptent
La Lisuan LX 7G106 est la pièce centrale de l’annonce. Sur le papier, la fiche technique est honnête pour un GPU gaming d’entrée-milieu de gamme : 12 Go de GDDR6 sur bus 192 bits, 192 TMU, 96 ROP, TDP de 225 W alimenté par un simple connecteur PCIe 8 broches, et une puissance théorique FP32 de 24 TFLOPS.
La compatibilité API couvre DirectX 12, Vulkan 1.3, OpenGL 4.6 et OpenCL 3.0. La carte ne supporte pas encore le ray tracing — une limite réelle pour les titres récents, mais cohérente pour une première génération. Elle sera vendue via JD.com, le plus grand détaillant en ligne de Chine, avec une Founders Edition disponible dès le 18 juin.
Les benchmarks : entre ambition et réalité silicium
C’est là que les choses se compliquent. Lisuan annonce 26 800 points en 3DMark Fire Strike et 111 290 points en Geekbench 6 OpenCL — soit environ 10% de mieux que la RTX 4060 sur ce dernier test. Impressionnant sur le papier, d’autant que la carte affiche des framerates stables au-dessus de 70 fps sur Black Myth: Wukong en 4K qualité haute selon les données constructeur.
Sauf que les analystes indépendants racontent une autre histoire. TrendForce, après avoir croisé les résultats Geekbench disponibles publiquement, place les performances réelles bien en-dessous des annonces — davantage dans la cour d’anciens GPU comme la GTX 660 Ti que d’une RTX 4060. Les tests Reddit vont dans le même sens : en estimant la taille du die à partir des photos officielles, plusieurs ingénieurs concluent à une architecture plus proche de RDNA 2 que de l’Ada Lovelace de Nvidia.
Anecdote révélatrice : Intel a vécu exactement le même scénario avec ses GPU Arc Alchemist en 2022 — des benchmarks synthétiques flatteurs, puis une déception à l’usage due à des drivers immatures. Lisuan devra éviter ce piège.
L’angle IA : le vrai atout de la gamme pro
Au-delà du GPU gaming, Lisuan mise fort sur les applications d’inférence IA avec sa gamme professionnelle. Les variantes LX Ultra et LX Pro embarquent chacune 24 Go de mémoire ECC GDDR6, conçues pour les stations de travail et les serveurs. La LX Max se positionne en entrée de gamme pro avec 12 Go.
Lisuan met en avant la compatibilité native avec DeepSeek 14B et Qwen3 32B, deux grands modèles de langage développés en Chine. Dans un contexte où les exportations de H100 et H800 Nvidia sont bloquées par les sanctions américaines, la demande domestique pour des puces d’inférence locale est réelle — et croissante. Ce positionnement IA pourrait s’avérer plus stratégique à court terme que le marché gaming lui-même.
La route vers le marché : un million d’unités, vraiment ?
La série G100 est en production de masse depuis septembre 2025 sur le procédé N6 de TSMC, avec les premières livraisons sorties fin 2025 selon Tom’s Hardware. Lisuan vise un million d’unités par an sur l’ensemble de la gamme — gaming, IA et rendu 3D confondus. C’est ambitieux. Très ambitieux pour une start-up qui n’avait pas de produit commercialisé il y a dix-huit mois.
Les prix n’ont toujours pas été annoncés, et c’est précisément là que tout va se jouer. Pour convaincre les joueurs chinois de laisser de côté les marques établies, un GPU chinois gaming devra afficher un rapport performance/prix difficile à ignorer. Si la carte tourne à 1 500 yuans (~190 €), le débat est ouvert. Si elle dépasse le prix d’une RTX 5060, la conversation s’arrête là.
Le 17 mars, date d’ouverture des précommandes, sera le premier vrai test de marché.



